Chaque FIV a son Histoire

histoire 2Au moment où je commence à m’habituer à l’idée délicieuse de devenir maman et à me sentir beaucoup plus à l’aise dans les confortables souliers de la grossesse, je repense parfois à tout ce parcours derrière moi. Et je me rends compte qu’alors que j’ai du mal à situer mes 7 IAC dans le temps, faisant plutôt partie du vaste marasme de 3 années de PMA,  le contexte de chacune de mes 5 FIV, leurs déroulements et leurs épilogues respectifs, restent gravés dans ma mémoire.

Au moment aussi où, 10 mois après que les médias aient pour la plupart piteusement marqué les 30 ans de la première FIV en France, la PMA refait bien malgré elle surface dans l’actualité. Et nous, les affreuses créatures infertiles accompagnées par leurs dangereux gynécologues écervelés, avec.

Ma première FIV, c’était en mars 2011. Après 4 IAC infructueuses durant lesquelles je n’avais réussi tant bien que mal à ne récolter que 2 ovocytes maximum à chaque fois, 6 ovocytes avaient pu être mis en fécondation, et 2 embryons transférés ! C’était vraiment un miracle pour nous, tout juste un an après un début de grossesse miracle lui aussi, même s’il s’était soldé par une fausse couche. J’y voyais un signe, et SuperDoc aussi, justifiant cela par le caractère cyclique de la chose. Les premiers jours post-transfert, j’y croyais dur comme fer. J’avais pris une semaine d’arrêt de travail. Pas une minute sans y penser. La pression de l’inconnu tombée, les nerfs avec, j’ai vite déchanté. Je restais allongée à regarder des sitcoms débiles toute la journée en mangeant des kinders (savait-on jamais, s’ils pouvaient se transformer en vrais). L’échec a été vertigineusement rude. Je me suis fermée, longtemps. J’ai créé mon blog, et nous sommes partis en vacances en Crète. Affirmation, puis évasion.

Après plusieurs échecs de stimulations ponctués par plusieurs IAC et une ponction blanche, nous avons fait la seconde FIV en septembre 2011. Nous revenions du Vietnam (presque) zen, comptant sur mes prières aux divinités bouddhistes. J’avais demandé à SuperDoc si le repos post-transfert était vraiment indispensable. « Nous avons fait l’expérience avec des femmes complètement alitées jusqu’à la prise de sang et d’autres poursuivant une vie normale », m’avait-il expliqué, « nous n’avons pas eu plus de réussite dans un cas que dans un autre ». Ah, ce refus catégorique de la recherche sur l’embryon… Inutile, donc, de rester chez moi à psychoter sur mon sort. Comment aurais-je pu dans les faits ? Le jour de ma ponction, l’une de mes proches collègues avait fait un AVC (elle aussi…). En plus de l’extrême angoisse de la savoir dans le coma, j’avais dû reprendre tous ses dossiers dans l’urgence dès le lendemain du transfert. J’ai vécu en dehors de ma vie jusqu’à la prise de sang, puis ce fut le vide.

La troisième FIV, en novembre 2011, a marqué un tournant. Celui de la résistance. De la résistance à la fatalité, de la résistance à cette foutue IO, de la résistance à tous les pronostics. Encouragée par SuperDoc, j’avais mené mes maigres follicules jusqu’au bout du bout, une vingtaine de jours de stimulation à doses de cheval, épuisement et rébellion. L’échec de la troisième FIV a je crois été le plus douloureux pour Amour. Son désarroi m’avait brisé le coeur.

Après curetage endométrial et dernières IAC, j’avais déjà le regard tourné de l’autre côté de la Méditerranée. Un peu avant, je m’étais insurgée contre cette gyné du CECOS qui m’avait refusé le don d’ovocytes en France au motif que je ne souhaitais pas partir à la recherche d’une donneuse (je rappelle ici que c’est totalement illégal). « Attentiste » m’avait-elle assénée. Je lui avais par la suite envoyé une missive qui m’avait soulagée mais qui n’a bien entendu jamais obtenu de réponse. La 4ème FIV, en mai 2012, ce fut l’Ultime : ultime ovocyte, ultime embryon, ultime mélange des gamètes d’Amour et moi. Ultime échec aussi : oui, ce fut le dernier. Parce que notre miraculeux voyage en Grèce et la 5ème FIV nous a enfin apporté le bonheur dont nous rêvions tant.

Pour vous toutes qui me lisez, c’est une évidence, un euphémisme, mais malheureusement pas pour les médias, politiciens et le grand public :

la PMA n’est pas un substitut à la fertilité ou à la fécondité.

Que cela soit clair : je suis pour l’ouverture de la PMA aux couples de femmes homosexuelles, mais je trouve que l’on ferme facilement le débat uniquement aux « pour » et aux « contre ». On ne se pose pas la question de la conséquence induite par le fait de ne plus uniquement consacrer la PMA à une visée médicale et thérapeutique, alors qu’elle aurait bien besoin d’une refonte complète.

On « vend » la PMA aux couples homosexuels comme la solution facile et rapide pour construire leurs familles. Savent-ils que 80% des FIV échouent sans qu’on ne sache vraiment pourquoi ? Savent-ils que le parcours qui les attend est périlleux, rebutant, psychologiquement affligeant ?

Entre mars 2010 et mai 2012, j’ai perdu 8 embryons. Est-ce aussi simple que de passer commande d’un produit sur catalogue et d’être déçue lorsqu’il n’est finalement pas livré, comme le sous-entendent les médias ?

Comme nombre de mes copinautes, je vous recommande l’article de René Frydman paru dans Le Monde il y a quelques temps : un plan pour la procréation médicalement assistée, dont je vous livre les extraits que je retiens :

–  » il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt et que les insuffisances et les incohérences de la pratique de la PMA dans notre pays soient passées sous silence. »

– « Etre empêché de rechercher le potentiel de développement ou les capacités d’implantation de chaque embryon revient à faire de la médecine en croisant les doigts ou en priant pour qu’il y ait grossesse. Ce qui aboutit à recommencer encore des tentatives de PMA infructueuses, proches de l’acharnement thérapeutique, au détriment des femmes et des couples. »

– « Il y a déjà eu un plan cancer, un plan Alzheimer. A quand le plan PMA ? Ce serait une forme de respect pour celles et ceux qui y ont ou y auront recours. »

Du respect, du respect… Ah il en manque tant dans ce pays pour les couples infertiles.

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24 réflexions sur “Chaque FIV a son Histoire

  1. Je réagis bien tard à ce post, quelques 7 mois plus tard et je m’en veux car personne n’ira lire ce que je vais vous raconter…
    Je voulais témoigner de la situation cauchemardesque ( et rare mais quand c’est la tienne tu t’en fous c’est la seule qui compte!) d’être homosexuelle et infertile … Je suis en couple depuis plus de 5 ans, avec ma compagne nous avons commencé des essais bb avec donneur anonyme en juin 2009, 7 iad en Belgique puis en France avec des dessous de table auprès d’un gynécologue réputé. Au bout de 7 iad, sans aucun suivi par un centre pma donc complètement livrées à nous-mêmes, nous avons décidé de nous tourner vers l’Espagne, à Barcelone, ou la rencontre d’un gynécologue spécialisé dans la Pma m’a annoncé qu’au regard d’une insuffisance ovarienne, je ne pourrai jamais avoir d’enfant sans passer par la Fiv. Nous avions perdu un an avec les iad, j’avais 36 ans, j’ai commencé le parcours Fiv en Espagne. Après 3 Fiv, 2 Tec, à bout de souffle et d’argent j’ai effectué fin octobre 2012 une 4e Fiv qui s’est soldée par une fausse couche à 7,5 sg.
    La clinique espagnole me conseillait de continuer. Mais mon nouveau gynécologue en France nous a dit stop. Il était temps de passer à la Fiv Do. J’ai mis 6 mois pour me remettre du deuil de cette fausse couche, et aussi du deuil d’avoir un enfant avec mes propres ovocytes. Nous avons changé de clinique en Espagne et effectué en juin une 5e Fiv et 1ère Fiv double don. Négative. Nous avons enchainé immédiatement sur un TEV mi-juillet. J’en suis aujourd’hui 13/09/2013 à 2 mois de grossesse et 4 jours. Mais aussi 4 ans d’un parcours PMA éprouvant, réalisés dans des conditions de stress inimaginables (comment obtenir les traitement Fiv en France, se faire rembourser les examens, trouver un vol d’avion libre 48h avant un transfert, un hôtel près de la clinique, ne pas parler la langue du pays où a lieu le transfert, faire face à la grève des aiguilleurs du ciel, au réveil du volcan islandais qui bloque les avions au sol, se dépatouiller avec le travail, les congés, l’absence de congés, et s’endetter toujours plus…), et au final 50 000 euros déboursés.
    Pendant toute cette période et encore ajdh j’ai trouvé un formidable soutien sur un forum de femmes en couple elles aussi et hétéro. J’hésite à faire cette précision, car leur soutien magnifique est lien au même combat qui nous anime elles et moi, à des épreuves de vie comme on n’imagine pas en vivre, à un parcours du combattant auquel peu de guerriers auraient résisté, à un désir de femme, de mère, tout simplement… Moi aussi, vos blogs me font et m’ont fait tenir, sourire, pleurer, rire, rêver… Voilà la petite participation que je voulais ajouter en témoignage… Merci

    • Moi je t’ai lue ! et d’autres personnes dans l’ombre aussi je pense.
      Ton parcours est bien difficile aussi, et je suis ravie qu’enfin cela ait marché! Je croise pour la suite.
      Il est difficile d’effacer des parcours douloureux comme les nôtres, mais voir les sourires et vivre les câlins de nos bébés, ça n’efface pas, mais ça nous donne tout, et nous montre que notre combat n’est pas vain!

  2. Petite réctification, les hommes stériles ont du sperme, c’est juste qu’il est vide. Sinon, je suis entièrement d’accord avec toi si ce n’est que je pense que les couples lesbiens (les gays ne sont pas concernés par la pma) savent très bien dans quoi elles s’engagent, elles le font déjà ailleurs en Europe. Et comme toi, je pense que c’est très bien d’ouvrir la PMA à tous les couples mais que les donneurs ne se multipliant pas comme des petits pains (hélas), je vois pas comment les CECOS vont pouvoir faire face aux demandes de tous le monde. C’est un a deux ans d’attente aujourd’hui pour un don de sperme. Et les IAD, c’est moins de 20% de réussites par tentative. Je ne regarde plus les infos, toute cette effervescences autours de la PMA et de la GPA me fait gerber.

    • j’aurais tendance à dire que c’est à cause des lobby religieux, mais on en va pas dire qu’en Espagne et en Grèce, ils en sont dépourvus…

  3. Il est très bien cet article de Frydman. J’ai peur aussi que les gens fassent l’amalgame entre une PMA pour un couple infertile et une PMA pour un couple homo (à priori fertile… ).
    Comme le dit Belle Bretagne, les femmes auront leur bébé très vite grace au don de sperme. La liste d’attente au CECOS va s’allonger.
    Peut être une bonne nouvelle la dessous : pour aller plus vite, peut être seront elles tentées de donner leurs ovocytes mais dans ces cas là la loi doit changer puisque pour donner ses ovo il faut être déjà maman..
    .J’ai également été choquée par le traitement média sur les propos de Najat VB concernant les gynecos donnant des adresses de clinique à l’étranger pour les FIV DO. Acun n’a précisé pourquoi les couples se déplacaient, le manque de donneurs en France, la longue attente au CECOS et surtout des taux de réussite bien plus bas en France du faut du manque de moyens …
    Donc, ouvrir la PMA aux couples homo OUI bien entendu mais surtout donnons plus de moyens à la PMA en France pour qu’elle soit plus efficace et ne se joue pas seulement sur un coup de dé, de chance …

    • La li a déjà changé, il n’est plus obligatoire d’avoir eu un enfant pour pouvoir donner ses gamètes. Sauf qu’on attend toujours les décrets d’application.

    • oui, et sans décret d’application, rien ne change, de toute façon, c’est de la poudre aux yeux
      d’autant qu’avec cette circulaire et le traitement médiatique qui en est fait, le grand public comprend que le don d’ovocytes est illégal en France et que nous allons à l’étranger pour y pallier!! quel manque de respect bon sang!! n’ont-ils pas lu l’article de Frydman????!!!

  4. Merci pour cet article, Lueur! Moi, ça me gonfle, qu’on parle de PMA à tout bout de champ dans les médias: j’ai la désagréable sensation qu’elle est banalisée, que c’est simple, que ça ne fait pas de dégât …ou alors chez les enfants. L’intérêt de l’enfant, oui, c’est important, bien sûr. Mais les parents, leur souffrance, la réalité de leur parcours PMA, on en parle pas. Perdre des embryons, non, ce n’est pas rien, je suis bien d’accord.
    Bonne continuation à toi.

  5. Félicitations pour ce bel article, c’est courageux de donner ton point de vue sur la PMA chez les couples homosexuels!
    Je suis d’accord avec toi dans l’ensemble.
    Quel parcours incroyable que tu as eu, ça m’émeut à chaque fois que tu l’évoques, certainement parce que je me retrouve dans certaines situations.
    Toujours pas de petits mouvements? Car moi ça devient de plus en plus surprenant. Mais je suis sûre que ça ne va pas tarder.
    À bientôt.

  6. Je suis d’accord avec toi, sauf sur un point. La PMA doit rester fermée aux couples homosexuelles car, sauf avis contraire, elles n’ont pas de problème de procréation, mais un manque de gamète mâle.
    Déjà qu’il est très difficile de faire des IAD en France, si en plus on y ajoute de nouveaux couples, il deviendra impossible pour les femmes dont les maris n’ont pas de sperme de bénéficier de la PMA. Le drame sera là.
    Et si la PMA est ouverte aux couples lesbiens, n’en doutons pas, qu’il y aura un taux de réussite très élevé, rendant encore plus incompréhensible pour le commun des mortels, de comprendre le quotidien des couples hétéros qui boufferont des IAC, FIV, à n’en plus finir et les échecs qui vont avec.

    • Tout à fait d’accord avec Belle de Bretagne. Pour des tas de raisons, à commencer par les lacunes du système, la PMA doit rester ouverte (et remboursée en France) pour raisons médicales seulement. Pour la même raison qui fait que même si je suis une « vieille », je trouve normal qu’il y ait une limite d’âge pour la prise en charge. Et pour la même raison que je suis pour la GPA pour raison médicale pour les hétéros. Bises à toutes et bonne suite à toi, Lueur!

    • c’est la réflexion que j avais: entre le moment ou nous avons espere agrandir notre famille et le moment ou nous nous sommes inscrivant cecos, il s en est passé du temps…temps de l espoir de la grossesse naturelle, temps ou l on vérifie d abord si tout va bien chez moi, le temps du premier spermo, le temps du deuxième spermo, le temps du deuil, le temps pour décider de inscrire au cecos…
      pour un couple de femmes le projet de fonder une famille passe directement par l inscription au cecos..comment est ce que l on va gérer cela dans la pratique…j aurai l impression qu elles auront eu en quelque sorte moins à attendre…d autant plus que les délais vont s allonger avec une ‘demande’ plus importante alors que je ne suis pas certaine que nous aurons plus de donneurs…dans l idée j aimerai être pour mais dans la pratique je ne pense pas que cela soit possible..

    • ce débat est intéressant. Il me semble qu’on ne peut pas interdire un droit à d’autres sous prétexte que le système est mauvais (et oui, il l’est!) et que le commun des mortels ne nous comprendrait pas (de toute façon c’est déjà le cas!). Mais il est vrai que cela entraîne tout un tas de questions : déjà que les listes d’attente sont énormes pour faire une FIV, qu’en sera-t-il avec l’arrivée de ces nouveaux couples? et encore plus pour les listes d’attente pour les dons… C’est pour ça que je trouve qu’on réduit le débat aux « pour » et « contre » et qu’on occulte l’aspect médical et thérapeutique qui est, je pense effectivement, prépondérant.

  7. Je rejoins l’avis de Plume&ClairAnne : j’aime ton article !!! La FIV, ce n’est pas un bon de commande, comme tu le dis si bien !
    J’espère que tu vas bien. A très bientôt

  8. Ah danslalueur, que j’aime lire tes articles, toujours écrits sans une once d’agressivité et pourtant si vrais…
    Je partage vraiment ton ressenti concernant les sujets que tu abordes…
    et je suis aussi très étonnée que ces journalistes donnent l’impression que la PMA et l’adoption sont des parcours faciles, rapides, qui se font sans peine… On est bien loin de la réalité, en effet!

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