Voyage à Thessalonique (1/5) : en route vers l’aventure

Hello à toutes. Merci infiniement pour vos messages et vos pensées. Nous sommes de retour de notre périple en pays hellénique. Je suis en train de couver 2 petits embryons qui j’espère deviendront grands. Le récit de notre aventure se déclinera en 5 parties : l’attente … en touristes, la rencontre, le retour et le contexte politique et social. Commençons tout d’abord par la route vers l’aventure.

Lundi 8 octobre. Fatiguée mais du mal à m’endormir à la veille de ce départ : que d’avenir en jeu. Mon sommeil a pourtant été serein. En ce mardi 9 octobre nous devons décoller à 13 heures, et donc être à l’aéroport à 11 heures. C’était sans compter une grève surprise sur le RER B. Un peu de stress mais pas trop de panique : nous serons a priori un peu en retard, c’est tout. Une petite Rom fait le voyage avec nous, elle semble avoir de l’intérêt pour mes cheveux et mon maquillage, ce qui me fait sourire. Je la trouve calme et d’apparence très mélancolique pour son âge.

Nous arrivons vers 11h45 à l’aéroport. L’enregistrement se fait rapidement, nous dévalons les escalators et arrivons finalement à l’heure à la porte de l’embarquement. Les médicaments ont sans problème passé les contrôles (c’était un peu mon angoisse, même si j’avais pris avec moi les ordonnances de ma médecin). Le temps de souffler dix minutes, d’envoyer des sms à nos proches et nous voilà avalés par les boyaux qui nous conduisent à l’avion. La tête dans les nuages, nous décollons. Je ne réalise rien. Je parviens à m’assoupir un peu moins d’une heure.

Nous faisons ensuite escale à Athènes. L’aéroport est presque vide, nous gagnons rapidement la salle d’attente pour le vol vers Thessalonique. Il est presque 19 heures (18 heures, heure française). Deux popes – prêtres orthodoxes – embarquent également. L’austérité de leurs habits est en complet décalage avec leur parfaite intégration dans la vie sociale « laïque », si tant est que l’on puisse parler de laïcité dans un pays où ces popes sont également fonctionnaires ! La séparation de l’Eglise et de l’Etat est proprement impensable en Grèce.

Durant ce vol, Amour et moi révisions notre « parler grec en voyage » : bonjour, c’est kalimèrra, merci, c’est efkharristo. Parrakalo veut dire à la fois « s’il vous plait » et « je vous en prie ». Attention, « oui » se dit nè, et « non » okhi. Tu t’en souviendras ? C’est un peu inverse à notre langage instinctif, mais bon, ça ira. Ah, pour le chauffeur de taxi, « c’est combien ? » se dit posso kani.

Nous arrivons à 19h55 à Thessalonique. Tout a été extrêmement bien organisé par Triada, la coordinatrice de la clinique : un taxi nous attend pour nous déposer au studio, également réservé en amont. La radio passe Wonderful life de Black. Nous nous laissons bercer par la musique en découvrant la ville sous la nuit. Au 6ème étage d’un immeuble du centre-ville, le studio est grand, parfait pour ce séjour Thessalonicien. Nous sommes épuisés, mais la pression doit redescendre avant de dormir. Amour me raconte plusieurs blagues dont il a le secret, puis je lis quelques pages du Routard. Demain, rendez-vous à 9h30 à la clinique.

Mercredi 10 octobre, 8h55. L’interphone sonne. C’est le chauffeur de taxi. « Maich il ne devaich pas passer nous prendrch à 9 heurch ? », ai-je demandé à Amour du dentifrice encore plein la bouche. « Ok, we arrive », ai-je entendu dire Amour en raccrochant. Vite, vite, n’oublie pas l’argent. Vite, et les médicaments pour la donneuse. Nous descendons, il fait bon mais le soleil se cache. Nous entrons dans le taxi, et hop, direction la clinique. La mer pointe le bout de son nez, au loin. « Nous sommes des aventuriers, des aventuriers en taxi mais des aventuriers quand même ! », ai-je plaisanté. « C’est ça la classe ! », m’a répondu Amour.

La clinique est en travaux, on nous fait patienter dans le hall. Puis nous montons au 2ème. Vasso, l’assistante de Triada, extrêmement gentille et souriante, nous reçoit, je reconnais alors la voix douce et apaisante que j’entendais au téléphone. Nous rencontrons ensuite Triada, la coordinatrice. Elle nous reçoit très chaleureusement dans son bureau, la bise est même de rigueur ! Cette chaleur, sincère, douce, rassurante, enveloppe nos êtres craintifs et fragiles devant notre histoire intime qui continue à s’écrire. On sous-estime trop l’importance de ce facteur humain dans les protocoles de PMA en France. Triada nous demande un peu plus d’infos – combien de IAC ? combien de FIV ? des fausses couches ? des embryons congelés ? – puis nous explique le traitement à venir : 3 provames, 3 utrogestan, 1 aspegic nourrisson par jour + 1 cachet de cortisone toutes les 6 heures puis matin et soir jusqu’au test. Dans le cas d’un test positif, ce traitement doit être poursuivi durant 3 mois. C’est bien compris. « Les taux sont bons, 65 à 70% de chances de réussite », nous dit-elle. Je lance un regard malicieux à Amour qui me fait un clin d’œil en retour.

Puis c’est le départ d’Amour pour le recueil. Je patiente dans cette salle d’attente au combien plus agréable et apaisante que le cagibi gris, froid et austère de mon centre de PMA à Paris. La donneuse a déjà fait sa ponction. Nous n’en savons pas plus, mais assez pour me dire que je ne la croiserai pas. Oui je sais, c’est un peu absurde de se dire ça car de toute façon c’est impossible, et cela peut paraître obtus de ne pas vouloir croiser cette femme qui nous fait un don aussi généreux, quelles que soient ses motivations, mais c’est comme ça. C’est un don totalement anonyme. Jamais nous ne pourrons avoir accès à quelque information que ce soit sur elle. J’espère que nos enfants ne nous le reprocherons pas. Pour moi, c’est plus facile. Leur seule et unique mère, ce sera moi, pleinement et entièrement. J’ai accepté le fait que nos enfants ne naissent pas de mes propres ovocytes. Je ne m’en sens pas moins leur mère, bien au contraire. Je me suis tellement battue, j’ai tellement souffert, tellement. J’espère qu’il leur sera aussi naturel d’arriver à la même réflexion.

Amour me rejoint. Nous repassons dans le bureau de Triada qui nous indique que tout va bien, car les résultats sont bons. Nous signons le formulaire déclarant que nous sommes conscients qu’en cas de grossesse, il y a les mêmes risques de fausse couche et de complications que dans une grossesse normale. Cette signature me rappelle à l’ordre : le chemin sera encore long. « Je vous appelle demain pour faire le point sur les embryons », nous annonce Triada en nous raccompagnant. Selon le nombre et l’évolution des embryons, le transfert se fera soit samedi, à J3, soit lundi, à J5.

Nous sortons totalement abasourdis de la clinique. Nous marchons un peu et décidons de prendre un bus vers l’office du tourisme pour y récupérer une carte de la ville. Rapide balade, découverte furtive de la ville, puis nous rentrons à l’appartement.

Nous n’avons quasiment pas vu l’après-midi puisque le sommeil nous a emportés au moins 4 ou 5 heures. Après des petites courses au Carrefour du coin – oui oui, Carrefour est très implanté à Thessalonique, l’avantage c’est que beaucoup d’étiquettes sont aussi en français – nous sortons et allons découvrir le bord de mer. Le temps a été gris toute la journée. Il fait nuit, nous ne voyons pas grand-chose, mais cela nous fait du bien de prendre l’air.

Déjà, l’effrayante attente et son lot de questions guettent : combien y aura-t-il d’embryons ? Seront-ils de bonne qualité ? En aurons-nous assez pour en congeler ? Même à Thessalonique, retour aux questions existentielles de la PMA.

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26 réflexions sur “Voyage à Thessalonique (1/5) : en route vers l’aventure

  1. Je ne suis pas très présente sur la blogosphère, et ce soir, c’est avec émotion que je te lis : que de changements en quelques mois, la lumière de la vie trouve son chemin dans vos vies, dans ton être, au creux de ton utérus … Je suis de tout coeur avec vous.
    Estelle

  2. Merci, chère Lueur, de nous faire partager ce merveilleux voyage qui, je vous le souhaite de tout coeur, fera de vous des parents (et quels parents !).
    Je suis très très émue de ces nouvelles et t’embrasse fort.

  3. Prends bien soin de toi et de ces 2 petits embryons pendant ces semaines qui viennent…

    ce n’est que le début d’une très belle histoire
    et je ne te souhaite qu’une chose:
    Que l’issue soit encore plus belle !!

    Bises

  4. Quel magnifique début d’histoire. J’ai hâte de connaître la suite, mais déjà croise fort pour vous. Deux beaux embryons se développent doucement, c’est magique.
    Le mois dernier j’ai lu un très beau livre qui se déroule à Théssalonique – belle histoire et intéressante car elle retrace l’histoire de la ville sur tout le 20ème siècle (ça s’appelle ‘The Thread’ de Victoria Hislop).
    Très bonne suite à vous deux.
    Bises

    (La semaine dernière, une « copinaute » a eu un test positif suite à FIV-DO après de longues galères en France aussi. J’ai hâte que tu nous annonces la même chose 🙂 )

  5. Bonjour je te souhaite le meilleur , je partage tes émotions étant moi même dans ta situation a 33 ans mais vers l Espagne. C est une épreuve qui force a grandir tu seras, vous serez à n en pas douter des parents formidables !

  6. 2 embryons, quelle belle histoire déjà et quelle belle aventure…
    j’ai hate de connaitre toute l’histoire et de savoir une fin positive
    Bisous

  7. Ah cette foutue attente !!! Il paraît qu’il faut des tonnes de patience pour élever un enfant : avec tout ce parcours et cette attente, la vôtre sera au top, c’est sûr ! 😉 Je continue de croiser !!!

  8. rhalala ! Que d’aventures ! Merci de nous faire partager la PMA en thessalonique. J’aime qu’on vous ait dès la seconde bien considérés et non pris pour des numéros. Et puis… Bonne couvade ! Je croise !

  9. Douce Lueur, je suis très émue à la lecture de ton début de récit de voyage.
    Effectivement, la chaleur humaine est plus présente que dans les dispositifs français…….
    Deux embryons dans ton utérus, l’attente encore un peu et bientôt une belle réussite, je l’espère tant pour toi.
    Mère tu es déjà, mère tu sera.

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