Apprivoiser l’absence

J’aime beaucoup cette oeuvre de Sandy Skoglund, Maybe babies, qu’Amour m’a fait découvrir.

Nos histoires, elles ressemblent à ça : plein de petits bébés en devenir qui, mois après mois, n’arrivent pas à franchir la porte de nos vies. Jusqu’à l’instant, crucial, déterminant, où la rencontre se fait. Parce qu’elle se fera. Dans 3 mois, dans 6 mois, dans un an, dans 5 ans… En attendant, il faut essayer de vivre, et de ne pas trop s’abîmer en chemin, malgré toutes les naissances qui gravitent autour.

L’exercice est d’autant plus difficile quand la douleur est multipliée par 3. Trois comme 3 soeurs, 3 comme trois infertilités, trois comme trois fois plus d’absence… et de mal-être à gérer.

Nous sommes toutes les 3 engagées chacune sur notre propre chemin, mais nos douleurs se font miroir. Le week-end dernier j’ai appris qu’une des « meilleures amies » de ma soeur – que je déteste par ailleurs, d’où les guillemets car nous n’avons pas la même définition de l’amitié – non contente d’en être à sa troisième grossesse, lui envoie par MMS des photos de ses échos… Le truc normal, vous en conviendrez, d’envoyer ses échos en photos à sa bonne copine stérile… Quand ma soeur lui a gentiment demandé d’arrêter, elle n’a pas compris, elle croyait que ça lui faisait plaisir. Oui, oui, nous sommes au paroxisme du narcissisme et de la vanité. J’étais dans une rage folle. Vraiment. Pour ma soeur ? Pour moi ? Pour les 2 ? Pour les 3? Je ne comprenais pas que ma soeur ne lui ait pas cassé sa grande gueule de connasse.

Et je me suis rendue compte qu’une autre culpabilité pouvait exister dans nos situations. Pas la culpabilité que je qualifierais de naturelle vis-à-vis de nos hommes, pas celle vis-à-vis de nous-mêmes et du chemin que l’on s’était tracé, même pas celle, inconsciente, vis-à-vis de la société. Celle tout simplement de ne pas être en mesure de rester l’amie à l’écoute, l’amie qui partage les bonheurs, l’amie qui se réjouit. La réserve de ma soeur m’a mise dans une rage folle car peu, très peu de personnes méritent l’affection et la bienveillance qu’elle leur porte. Et cette « copine » est bien la dernière sur la liste. Comment vous la décrire… Elle ressemble à s’y méprendre au dépôt qui se trouve entre le rebord de la cuvette et l’émail des toilettes, là où même le canard WC refuse d’aller [merci Sophia Aram].

Et quant à mon autre soeur, l’absence et l’attente longue et douloureuse de son enfant par adoption la rend à fleur de peau et la fait douter d’elle-même, sur tous les plans. Elle culpabilise même de nos mal-être. Elle croit ne pas être assez présente pour nous, confondant absence et impuissance. Nous essayons de la rassurer, même si je sais que le seul moment où elle retrouvera la sérénité sera l’instant où elle tiendra son enfant dans les bras.

Je suis consciente d’une autre facette de la culpabilité chez mes soeurs. Je suis la petite dernière, je suis la petite soeur. Elles se sont toujours mises en tête de me protéger, de m’épargner les maux dont elles pouvaient souffrir. Là, c’est impossible.

Au-delà de l’absence, c’est une multitude de sentiments ambivalents qu’il faut apprivoiser.

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13 réflexions sur “Apprivoiser l’absence

  1. Elle est trop conne cette meuf.
    Comment tu vas? FIV 4 est en cours ou tu as du arrêter finalement?
    J’attends de tes nouvelles si tu veux bien en donner …
    Pleins de pensées pour que toi et tes soeurs soyez mamans tantôt.
    des gros bisous

  2. je ne trouve pas les mots mais je voulais te dire que j’avais été émue par ton article, par votre parcours de soeurs.
    quant à la femme qui se dit être l’amie d’une de tes soeurs, je suis choquée, outrée par son geste d’inhumanité.
    bizzz

    • Merci Fabienne. Moi je ressens une haine intense envers elle. Mais c’est à ma soeur de l’évincer de sa vie. Il faut juste qu’elle se rende compte qu’elle ne lui apporte rien à part son égocentrisme. bises

  3. C’est difficile d’interagir avec les autres en PMA, alors 3 soeurs, 3 destins qui se mêlent… Avec la PMA on a tendance à se replier sur soi-même (mais si ca permet d’éviter le genre d »amie' » de ta soeur, ce n’est pas plus mal…

  4. Je crois que c’est normal de frémir au manque de tact et d’empathie de cette « copine ». Des fois, je me demande comment c’est possible qu’il y ait des gens qui soient comme ça, méprisants de la souffrance des autres. J’aurai eu également une réaction violente et définitive à son égard.
    J’espère que vous serez toutes les 3 bientôt mères, qu’importe le chemin emprunté, d’une façon ou d’une autre vous y parviendrez.

    Sur mon pseudo, mon nouveau lien,

    Bisous

  5. Ce que tu dis sur l’amitié m’interpelle et tu as raison de te poser ces questions. Reste que, quand tu as de vraies bonnes amies, on ne fait pas ce que fait celle de ta soeur.
    Je sais qu’au fond de toi tu te réjouiras du bonheur de tes proches dans la mesure où tes douleurs sont prises en compte. Question de tact voire d’éducation.
    J’espère que tu vas bien
    bisous

    • Oui j’ai été ravie pour ma meilleure amie qui a toujours su trouver les bons mots et la bonne attitude. Question de tact comme tu dis, et d’empathie. je croise fort les doigts pour toi!

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