« FIV : à chaque échec, un chagrin sans nom »

Après la catastrophe de reportages et d’articles en tout genre qui ont émaillé les 30 ans de la PMA, merci Le Monde d’avoir publié des articles aussi pudiques que réfléchis et surtout, surtout … documentés !

Merci tout d’abord à Barbidou d’avoir exercé une veille active pour nous informer. Le pire des torchons était sans doute celui du très catho Familles Chrétiennes, intitulé, excusez du peu, « Les docteurs Folamour de la procréation artificielle »… J’ai hésité à vous donner le lien vers l’article en question sur leur site, mais je préfère lier le post de Barbidou qui a très sérieusement décortiqué leurs salades… Chapeau bas devant ta patience, que je n’aurais jamais pu avoir. Un don du ciel sans doute … Le reportage le plus con, c’était celui de M6 paraît-il. Cela ne m’étonne guère, je n’ai pas souhaité perdre mon temps à le regarder.

Mais j’ai suivi la soirée consacrée à la PMA sur France 2. Un prime time pour la PMA, ce n’est pas tous les jours. Finalement, j’aurais peut-être préféré que rien ne se passe. Qu’ils nous laissent à nos piqûres et nos échos endovaginales plutôt que de se faire tancer par des répliques du style « passer commande d’un bébé », ou des « de plus en plus les enfants sont faits avec des gamètes par ci par là, des je ne sais quoi par là », tout en mélangeant recours à la PMA pour des raisons médicales et femmes écervelées qui arrivent à enfanter à 60 ans… Mais tenez-vous bien le mépris ne s’est pas arrêté là : lors du débat, la pseudo-animatrice qui n’y connaît rien était présente, une journaliste d’aufeminin.com qui se contentait de donner des chiffres sans réussir à les expliquer ou les interpréter était aussi présente, l’ahurissant président du comité national d’éthique était également présent, et pas une seule personne, homme ou femme, représentant les couples infertiles. Heureusement cher Professeur Frydman était là, mais il n’empêche. Encore une fois, pas de droit à la parole, pas le droit de débattre sur des questions qui nous concernent plus que toutes les personnes réunies autour de la table. Une fois encore, reléguées à nos simples statuts d’utérus inlassablement vides.

Qu’a fait Le Monde ? Simplement venir à la rencontre des couples infertiles, d’hier et d’aujourd’hui. Et cet article, « FIV : à chaque échec, un chagrin san nom« , m’a profondément touché, bien entendu. Pourquoi ? Parce que sans l’avoir vécu on ne peut même pas imaginer un seul instant le profond désespoir qui nous envahit au moment de l’annonce de l’échec. C’est bien, bien au-delà de la déception du retour des règles lors des essais bébé-couette, c’est un désarroi… sans nom, oui. Et les « aller, ça marchera la prochaine fois », ils sont justes…inentendables, insoutenables.

Je retiens également de l’interview de René Frydman « Le statut de l’embryon reste tabou » les phrases suivantes :

  • « Pour moi, la relation humaine prime, et pas l’origine génétique, qui est aujourd’hui trop valorisée. »
  • « Aujourd’hui, le poids de l’idéologie rétrograde et la peur des politiques ont entraîné une glaciation dans notre pays. »

Ca fait du bien quand c’est dit.

Avec les 30 ans du premier bébé-FIV, le Professeur Frydman lance une Fondation Prévention Lutte contre la Stérilité, ainsi qu’un blog : Un enfant … enfin

L’horizon s’éclaircit-il ?

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15 réflexions sur “« FIV : à chaque échec, un chagrin sans nom »

  1. Je viens de lire les commentaires sur le Monde… Barbidou a le bon terme; dégueulasses !! J’en ai le coeur qui bat la chamade!… On est pas sorti du bois avec ça. Mais on peut tenter des choses, à notre échelle, et ensemble…. Merci pour ce billet utile ma chère ! Bisouss

  2. Argh la soirée de France 2… Je n’ai meme pas réussi à la regarder jusqu’au bout… Sans parler des remarques de la pseudo journaliste.
    En plus, c’était ennuyeux. Bref, une horreur…
    Pour l’instant la seule émission qui trouve grâce à mes yeux était une soirée spéciale journal de la santé…

  3. Dis donc ça discute sérieusement par ici, j’aime ça !!!

    Je pense que nous pouvons faire des choses de façon individuelles, comme le courrier que tu as fais récemment et qui était nécessaire, même si elle ne le comprend pas, tu l’as adressé à d’autres aussi et ça c’est important. Ne pas se laisser maltraité de façon individuellement. Comme par exemple, les docs qui ne demandent même pas l’avis des patients sur le nombre d’embryons à réimplanter. Il faut ouvrir ça bouche devant les grands et les petits docteurs de l’infertilité. Leur dire ce que l’on ressent et ce que l’on pense de leur traitement…
    Et puis faire des choses collectivement, c’est important aussi, car cela peut avoir une portée plus importante, plus radicale sur certains aspects.
    En tout cas ne pas se laisser enfermer dans la solitude du bureau du doc qui débite des conneries plus grosses que lui.
    Donc sortir de la culpabilité et de la honte pour dire les choses, ouvrir sa bouche sur ce sujet pour ne pas le laisser pervertir par d’autres bouches……

  4. Je me demande si ce n’est pas un peu notre faute si les choses ne bougent pas davantage. Je ne vais parler que pour moi-même, mais je me rends compte que je suis tellement (con)centrée sur mon projet BB que je n’ai même pas l’idée ou l’envie ou les deux de voir si je ne pourrais pas mengager dans une action militante via une asso.
    C’est pourtant bien le rôle des asso que d’alerter régulièrement les pouvoirs publics et les médias…

    • oui et les assos existent! Ont-elles assez de poids, ont-elles assez de légitimité? C’est une autre question, mais elles existent ! Il ne faut pas tout mélanger et nous rendre coupables de tout!! Coupables d’être infertiles, coupables de ce concentrer uniquement sur le projet BB… c’est normal! Et pour aller vers le militantisme, je pense qu’il faut avoir un certain recul sur ce que nous vivons, que nous n’avons pas encore car nous sommes en plein milieu de la tempête PMA. Alors non, je te le dis, ce n’est pas notre faute. et de toute façon en agissant en individuel nous ne pouvons rien (à part un petit caillou dans la chaussure d’une gyné-CECOS qui se croit tout permis…), c’est en jouant collectif que les choses pourront avancer !

  5. NON, l’horizon n’est pas prêt de s’éclaircir, les chercheurs sur l’infertilité sont peu nombreux en France et la recherche sur l’embryon y est bloquée. La Loi de Bioéthique a été votée en 2011 et ce ne sont pas les annonces de campagne de certains qui changeront les choses ! C’est un sujet difficile (techniquement) et trop controversé pour que beaucoup aient envie de tenter de mener des travaux sur ces sujets et d’autres cellules souches non embryonnaires ont prouvé leur intérêt pour mener des recherches et envisager des applications (des traitements contre certaines pathologies, mais pas pour les pb d’infertilité).
    OUI: « un chagrin sans nom », que personne ne peut comprendre, à part ceux concernés, tant de souffrance physique et morale pour rien, tant d’espoir pour retomber encore plus bas. J’espère seulement ne pas éprouver cela à nouveau dans une semaine car on ne sait pas combien de fois on parvient à se relever… j’espère seulement que la « recette éprouvée » comme le dit France Inter va marcher pour nous cette fois ! et pour toutes celles et ceux qui passent par ici !
    Et sinon je suis assez d’accord avec ton analyse sur le plateau de France 2, affligeant et encore une fois ce sont les moins concernés qui donnent un avis sur tout et n’importe comment… Apo

    • courage pour l’attente Apo!
      Moi je pense que si la loi de bioéthique peut avancer, cela ne se fera qu’avec une majorité qui ne se laisse pas influencer par les lobby cathos : la révision de 2011 n’a rien bougé…

  6. As tu lu les commentaires sur l’article du Monde concernant les témoignages ?
    C’est Lulu qui m’a alerté à ce sujet : les commentaires sont dégueulasses (je n’ai pas d’autre mot).
    L’horizon s’éclaircit : peut être pas. On parle de la PMA parce que c’est une date anniversaire. Les médias vont ils continuer à en parler ??? Et surtout vont ils en parler de manière ouverte et subjetctive?
    A contrario : l’infertilité risque de toucher de plus en plus de personnes malheureusement ce qui va développer l’information à ce sujet et surtout la bonne information !

    • le traitement du sujet par les médias c’est un large débat effectivement, espérons, oui, que l’information se développe et de manière saine. Après sur les commentaires, ils ne m’intéressent pas plus que ça, ce que je retiens c’est l’article en tant que tel. Tu trouveras toujours, sur tous les sujets, des commentaires horribles. Ce sujet est tellement sensible, tellement intime, et à la fois tellement universel puisqu’il touche à la vie, et les commentaires vont parfois bien au-delà de la PMA, et touchent à l’être tout court, comme celui-ci par exemple : « Vous trouvez vraiment que ça en vaut la peine de vivre ? » Alors que je me bats avec rage pour la vie, ce commentaire, il m’attriste pour la personne qui le poste

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