Il était une fois …

J’ai découvert cette affiche de l’Agence de la Biomédecine dans la salle d’attente pour l’écho-doppler utérin. C’était un cabinet radio-écho plutôt spécialisé sur les échos de femmes enceintes, du coup la salle d’attente était tapissée d’images de bébés tous plus mignons les uns que les autres. Au milieu de ces bonheurs parfaits, cette affiche, que j’ai vraiment trouvée à point nommé.

Jamais aucune petite fille n’envisage qu’elle ne pourra pas avoir d’enfant. C’est si naturel, si logique, si vivant. Et toutes les histoires contées alimentent cette apparente banalité. La société s’est donc construite sur cette évidence originelle, et, par voie de conséquence, ne pas avoir d’enfant, ne pas réussir à « faire » un enfant, est contre-nature. D’où selon moi le tabou que constitue la stérilité, qu’elle soit féminine ou masculine.

« C’est le béabat de la vie, comment ne pas réussir à faire une chose si simple ? C’est sûrement psychologique, elle se bloque » : une idée partagée par beaucoup de personnes, le « fameux » facteur psychologique. Ou encore « elle se consacre plus à sa carrière pro qu’à construire une famille », sur la représentation « femme au foyer » de la femme.

Comme si on ne pouvait pas concevoir qu’un facteur physiologique, qu’on explique aujourd’hui ou qu’on expliquera demain, empêche un embryon de se former ou de se nider. Exactement comme les cancers : une cellule a décidé de se transformer, de devenir méchante et même de se multiplier, sans qu’on puisse expliquer pourquoi. Alors on trouve des pseudos raisons à la con. « C’est sûrement dû à ce qu’elle a vécu », ou « forcément vu la vie qu’il mène »…  Ce sont des maux de l’intérieur que l’ont ne peut encore que très rarement expliquer. Point. On en sait plus qu’il y a 20 ans, qu’il y a 10 ans, et moins que dans 10 ans ou 20 ans. C’est ainsi. La pire des explications, celle qui me révulse peut-être le plus, c’est celle qui veut qu’un être surpuissant ait décidé de cette fatalité, et qu’il faut s’y soumettre pour notre bien, parce qu' »Il » en a décidé ainsi. C’est ce qui permet à certains de s’apaiser sur les choses de la vie, de trouver une explication, un sens, aussi crétin soit-il, là où il n’y en a pas. Je t’en foutrai des soumissions moi. Va te faire voir dame nature la connasse.

Alors oui, nous sommes tous les mêmes princes et princesses à la base, qui s’aiment tout aussi fort (voire plus vu le combat que nous menons), c’est juste un problème mécanique qui nous empêche de terminer l’histoire.

« Il était une fois un prince et un prince… », « il était une fois une princesse et une princesse… » : ce sont sans doute les prochaines versions sur lesquelles il faudrait travailler, dans les contes comme dans la vie.

Publicités

11 réflexions sur “Il était une fois …

  1. Je suis entièrement d’accord avec ton billet, fort pertinent. Assez des dictats de la soit disant « normalité », des bons vieux schémas désués qui ont la vie dure, des quasis leçons de bonne morale sur les causes possibles de ces fameux blocages (certains, même très imparfaits, auraient la recette d’autres non, on ne se sait pas pourquoi, …), … Les mentalités (disons les esprits c’est plus joli) auraient bien besoin d’un dépoussiérage… Merci donc à toi d’avoir lancer la discussion… Dommage que ça n’aille pas sous les yeux de certains. Bises !

  2. Ton billet est très juste !!! Moi j’ai découvert cette affiche, le jour du transfert de FIV2, jour également du mariage de William et Kate, j’avais trouvé la coïncidence très drôle.

  3. Peut-être que cela nous apprendra au moins à nous toutes et tous de ne pas farcir la tête de nos enfants (les petites filles en particulier) qu’on aura un jour (si si si…) avec ces c… d’histoires de princesses et de princes charmants si ridicules et de ne pas, même inconsciemment, transmettre ces stéréotypes (ils s’aiment, se sont mariés -1ere non-évidence de nos jours- et eurent beaucoup d’enfants, et bien non pas toujours)… et si on ne réussit pas, nous resterons des exemples qu’on peut s’aimer très fort et ne pas avoir d’enfants et que d’autres ne s’aiment pas mais en ont pourtant (et d’ailleurs se séparent de suite après !!). Merci pour ton post et nous avoir fait découvrir cette affiche intéressante ! Apo

  4. J’aime bien ce que tu dis et j’adhère à tout.
    La parentalité, la manière de devenir parents : tout cela va changer dans l’avenir, nous allons devoir poser des questions, ouvrir des perspectives. La famille, telle que décrite dans les contes n’est plus unique : la monoparentalité, l’homoparentalité … ouvrons le chemin des possibles !

  5. Même si ça n’a pas grand chose à voir, ton billet me rappelle un film que j’adore : « Les poupées russes », quand on voit Audrey Tautou qui explique à son fils qu’elle n’arrive pas à rencontrer le prince charmant.

    Tu as raison : nous sommes tous les mêmes princes et princesses à la base, élevés à coup de conte de fées qui nous mettent en tête LE schéma à suivre. La vie se charge de nous faire suivre des voies auxquelles on n’avait pas rêvé ou imaginé : un prince ou une princesse charmant(e) qui tardent à venir, ou qui n’ont pas le sexe prévu, ou un couple qui n’arrive pas à faire d’enfant. Ou qui en ont mais frappés d’un handicap, d’une maladie…

    Tout ça pour dire que je ne conçois pas que des gens puissent encore en juger d’autres une fois qu’ils ont un peu avancé dans la vie.

    Car au final, on fait bien souvent comme on peut et non comme on veut…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s