Parents en devenir

Après ma première piqûre de gonal ce matin dans la perspective de FIV3, Amour et moi sommes allés à notre fameux rendez-vous au CECOS. La colère : ce fut mon premier sentiment en arrivant. Ce n’était pas vraiment celui auquel je m’attendais.  Y a succédé une certaine désillusion, de l’émotion, de la bienveillance et, enfin, de l’espoir. Sentiments à fleur de peau d’une PMette en quête de réaliser le rêve d’être enfin maman.

Après l’enregistrement du dossier, la secrétaire nous indique où se fera le règlement à la fin de la consultation : à la caisse de la maternité, dans le bâtiment d’à côté. Tout-à-coup je me sens mal. J’arrive à laisser échapper une timide objection : « le paiement d’une consultation CECOS à la maternité, c’est pas un peu… » La secrétaire semble gênée. C’est un minimum. Je suis exaspérée de cette continuelle absence de considération de la part de l’administration. Parce que CECOS et maternité ça va ensemble, c’est bien connu. J’ai eu la nausée en arrivant dans cette ruche à ventres ronds, mais j’ai mis mes oeillères et ça s’est passé. Notre appelation d’origine contrôlée « 100 % stérilité » nous a permis de ne pas avoir à payer la consultation. C’est déjà ça. J’avais l’impression d’être le mouton noir dans une bergerie remplie de moutons blancs.

Bref, revenons à la consultation. DokiDO – je l’appellerai ainsi – vient nous chercher. C’est un homme grand et maigre, la soixantaine, d’apparence un peu froide. Je suis un peu impressionnée car je l’ai entendu il y a quelques jours parler à la radio pour vanter la campagne de com de l’Agence de la biomédecine incitant au don d’ovocytes. Nous nous installons. Il fait un rapide tour d’horizon de la situation en prenant connaissance de notre dossier et en dresse d’entrée de jeu un constat cinglant : « Effectivement vous avez bien fait de vous y prendre dès maintenant », engage-t-il, « car avec cette insuffisance ovarienne et toutes ces tentatives inabouties, la faible qualité ovocytaire est sans doute en cause, le don est de toute évidence la seule issue ». Ahrf… grosse claque… Même si c’est un peu ce que je pense, j’ai un tout petit peu, tout petit peu d’espoir pour ces 2 dernières tentatives, et, comme dit Amour, « se l’entendre dire, qui plus est par un médecin, c’est pas la même chose ». Devant nos visages déconfits, DokiDO a dû se sentir obligé d’apparaître plus nuancé : « bon, enfin, il y a plein de choses que nous ne maîtrisons pas encore. Dans ce domaine, nous avons des surprises tous les jours ». A la bonne heure. Nous poursuivons alors sur la constitution du dossier afin d’être inscrits sur la liste d’attente pour recevoir un don. « Autour de 3 ans d’attente », nous indique-t-il. Sans donneuse, je m’attendais à plus.

Là où j’imaginais un entretien strictement médico-administratif, comme toutes mes consultations médicales depuis 2 ans avec SuperDoc, DokiDO nous a entraîné dans la perspective d’être parents. La vraie perspective d’être parents. Pas dans le nombre de follicules par-ci, les taux d’oestradiol et de LH par-là. Parents d’un enfant né d’un don d’ovocytes, oui, mais parents avant tout. Il m’a demandé comment j’envisageais le travail à faire sur moi-même avec cette absence de transmission biologico-génétique, si nous souhaitions dire la vérité à l’enfant ou la lui cacher, etc. Il participait aisément à nos réflexions, nous indiquant notamment que, selon les maigres études dont il disposait, il était  fortement conseillé de dire la vérité à l’enfant dès son plus jeune âge (ce dont nous avons toujours été  intimement persuadés), comprenant aussi que notre réflexion ne datait pas d’hier puisque la stérilité, nous y baignions bien avant d’apprendre que j’étais moi-même infertile, étant donné que mes soeurs aînées sont passées/passent par cette terrible épreuve également.

Et puis, il a bien insisté sur le fait que je serai à 100 % la maman de l’enfant, que le désir d’enfant se fait à deux, que je ne serai pas moins parent qu’Amour. Tout cela, je le savais, je le sais, je le pense, profondément, mais « se l’entendre dire, qui plus est par un médecin, c’est pas la même chose ». C’était vraiment agréable de se sentir écoutés, compris. J’ai même lancé un « je vais vous dire : je pense même que cet enfant je l’aurai plus désiré que n’importe quelle femme fertile qui aura patienté 2 mois avant d’être enceinte. Car dans cette épreuve, qui vire à l’acharnement, la question du véritable désir d’enfant, on se la pose Vraiment ». Il n’était cette fois pas d’accord avec moi, il ne pense pas qu’une femme fertile n’en désire pas moins son enfant, mais qu’il faudra effectivement raconter ce parcours difficile et semé d’embûches à l’enfant. Moi, je persiste et je signe. N’en déplaise aux chanceuses mamans.

Puis vint la question de la donneuse. Il était évident que DokiDO nous inciterait à partir à la recherche d’une dame-fée. Amour et moi refusons fermement. Nous avons conscience qu’il manque cruellement de donneuses en France, et que souvent celles-ci le font car elles sont sensibilisées par un couple de leur entourage (je pense plutôt qu’on sous-estime les donneuses qui se proposent d’elles-mêmes sur Internet moyennant paiement au black, je n’en démords pas le système français est mauvais). Nous refusons d’avoir cette responsabilité et ce sentiment « de dette » envers quelconque personne de notre entourage. Lorqu’une personne a besoin d’une transfusion sanguine, part-elle à la recherche d’un donneur ? Non, ce n’est pas son rôle, ni de son ressort. DokiDO insiste. Normal, c’est son boulot. Je clos définitivement le sujet : « les seules personnes les plus proches de moi sont mes soeurs, alors par définition… ». Ah, là, plus rien à dire le DokiDO.

Dorénavant inscrits sur la liste d’attente, Amour et moi sommes repartis avec tout un tas d’ordonnances sous le bras, des analyses à faire maintenant et d’autres à faire « quand ce sera notre tour ».  J’espère bien que notre tour viendra plus tôt, soit par FIV 3 ou 4, soit par FIV-DO en Espagne. Parents, nous le serons, tôt ou tard… Tôt ça serait mieux …

Edit spécial Belle-Bretagne : en sortant du bureau de DokiDO j’ai pensé :« mince, Belle-Bretagne! » Je suis repartie frapper à la porte pour lui demander si on pouvait consulter dans un CECOS en ayant une infertilité inexpliquée, comme dans ton cas. Il m’a dit que oui, mais qu’il fallait être recommandés par un gyné qui ait cerné quelle était la gamète pour laquelle le don était requis, « car imaginez, si on remplace une gamète et que l’on se rend compte finalement que c’était l’autre qui dysfonctionnait… » Donc c’est à voir avec ton gyné, tu ne peux de toute façon obtenir un rendez-vous en CECOS sans un courrier d’un gyné, quelle que soit la cause de l’infertilité. J’espère que cela t’aura été utile!

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10 réflexions sur “Parents en devenir

  1. Une nouvelle étape de franchie… Je te rejoins, je ne me vois pas aller faire le tour de mes copines pour mendier des ovocytes…
    Courage pour la suite. Bisous

  2. Un rdv très fructueux, instructif et humain. Comme quoi, le soutien ne vient pas toujours du médecin qu’on attend. Je suis contente qu’il vous ait apporté des réponses techniques et du coeur, voir comment en tant que parents d’un enfant né d’un don, on vit cet élément extérieur.
    Ca doit effectivement faire un pincement au coeur de s’entendre dire que vos meilleures chances résident dans ce don, il faut avoir fait le deuil de ses gamètes. Mais je te sens sereine et ouverte à cette voie.
    Si je comprends bien, vous pouvez continuer les FIV « classiques » en attendant un don qui viendra dans 3 ans? Ca remet le compteur à 0?
    Merci bcq d’avoir demander pour moi, je suis très touchée. A mon avis, vu le délai du don (3 ans) ce n’est même pas la peine qu’on aille dans cette voie vu mon âge! Mieux vaudra aller directement à l’étranger.
    grosses bises

    • oui j’imagine que tu auras plus vite fait d’aller à l’étranger, en France c’est moins long si tu as une donneuse. Nous aussi on ira d’abord à l’étranger si FIV3 et 4 ne marchent pas. On s’est inscrits en France pour s’assurer une bouée de secours si ça ne marche pas à l’étranger (vu le coût on ne pourra pas faire plus de 2 tentatives)

  3. « Parents en devenir » … j’aime cette expression.
    Oui ! Vous ne savez pas encore quel sera le chemin, combien de temps cela prendra, quelles circonstances vous permettrons de rencontrer votre enfant, … mais votre détermination, votre persévérance sont tels que vous êtes déjà 100% parents, … et, quoi que vous en pensiez, aussi indélicat que cela puisse paraître, vous avez donc toute votre place … dans une maternité 😉
    Je sais, pour être passée par toutes ces émotions et ces pensées contradictoires, que les ventres arrondis et les photos de bébés joufflus des CECOS et centres de PMA sont déstabilisants, attirants et repoussants à la fois … et en même temps, je crois profondément que se placer dans « l’espace solution », se sentir déjà parents, féconds, au delà des apparences, nous rapproche un peu plus de la réalisation de notre rêve.
    Vous serez des parents conscients … et c’est ce dont les enfants d’aujourd’hui ont besoin ! Gardez confiance en la lueur de vie qui vous guide.

    • Garder confiance sur le fait qu’un jour ou l’autre, de quelque manière que ce soit, nous serons parents, oui cela aide à continuer dans l’épreuve. De là à trouver ma place dans une maternité, j’en suis bien loin! Merci pour ton message de soutien

  4. je trouve ça chouette que tu aies franchi le pas. Je croyais vraiment qu’il fallait avoir fini les FIV classiques pr se mettre sur liste d’attente. Je suis un peu dég’, je viens de perdre un an et demi !!!

    bisous

    • Ne le sois pas, moi aussi je me suis dis ça au début : si nous nous étions inscrits à l’annonce de mon I.O, on aurait gagné presque 2 ans. Mais je pense qu’on ne peut pas raisonner comme ça. C’est un cheminement, je n’étais pas prête à le faire jusqu’à il y a quelques mois. Des bises à toi Lily

    • Oui je sais… Mais j’aurais aimé qu’on m’informe que j’en avais la possibilité quand je me sentirais prête.

      En tout cas je suis vraiment ravie pour vous. C’est un grand pas de franchi….

      bisous

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